Cent jeux: deux mots

Bonjour, et bienvenue sur mon blog "Cent jeux : deux mots". Il s'agit pour moi d'un exercice (sans jeux de mots, promis!) ...

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13/05/2022

Ne perdez pas au change en Hongrie

Les touristes sont souvent surpris d'apprendre que la Hongrie n'utilise pas l'Euro. Après tout, le pays fait partie de l'Union Européenne (depuis 2004) et de Schengen (depuis 2007). Manque de bol, vous devrez utiliser une autre monnaie comme au bon vieux temps : le Forint hongrois. Et même si le pays est sûr et que les prix sont avantageux, il vous faudra éviter quelques pièges bien tendus pour ne pas jeter votre argent par la fenêtre.

Je ne m'attarderai pas sur les raisons pour lesquelles tous les pays de l'UE n'utilisent pas la monnaie commune : le premier est normalement un pré-requis du second, mais l'UE, la zone Euro, l'EEE et l'espace Schengen restent des concepts distincts : de ces quatre corps, la Suisse n'appartient qu'à Schengen ; l'Islande qu'à l'EEE et à Schengen ; le Montenegro, pourtant seulement sur la liste d'attente de l'UE, utilise déjà l'Euro. Vous voyez, on pourrait y passer la journée.

La Hongrie avait bien commencé une fois un programme de convergence à l'Euro, mais n'avait pas pu maintenir les moyens de sa politique, et depuis ne le veut plus vraiment (pour de bonnes et de mauvaises raisons). C'est la vie.

A quoi ressemble le Forint hongrois ?

Les dénominations de billets vont de 20000 à 10000, 5000, 2000, 1000 et 500. Comme de nouveaux billets viennent de remplacer des modèles plus anciens, il est encore possible de se retrouver avec un vieux billet. Pas de panique, échangez-le pour un nouveau dans une banque locale.

Les pièces vont de 200 à 100 (accessoirement très ressemblantes aux pièces de 2 et 1 Euro), 50, 20, 10 et 5. Même si les pièces de 1 et 2 Forint ne circulent plus, les prix peuvent encore se terminer par tout chiffre de 0 à 9 : dans ce cas, le prix est arrondi à 0 ou à 5, ne soyez pas surpris.

Le Forint hongrois se note HUF ou Ft ; les prix sont parfois écrits avec ",-" par exemple : 5000,- pour 5000 Ft.

4 options se présentent à vous : payer en Euros ; échanger vos Euros pour des Forints ; retirer des Forints depuis un DAB ; ou payer par carte. NB: la plupart des conseils donnés ci-dessous sont valables pour tout pays utilisant une autre monnaie que la vôtre.

1. Peu importe, ils acceptent les Euros

Tout d'abord, ceci n'est valable que pour les lieux touristiques. Partout ailleurs, la monnaie locale fait foi. Deuxièmement, même si vos Euros sont acceptés, le taux de change ne sera pas à votre avantage : accepter vos Euros est un service avec un coût associé, généralement 10-20% sous le taux officiel.

Dans certains endroits (comme les toilettes publiques), deux prix sont affichés, un en Euro et un autre en Forint. Devinez quoi, celui en Euro est plus cher.

Moralité : c'est vous qui voyez :)

2. Changer votre argent

La plupart des bureaux de change en Hongrie proposent un taux de change correct, avec deux critères à vérifier :
- le taux de commission, généralement autour de 0.6%,
- les montants d'achat "buy" et de vente "sell" : plus ces deux chiffres sont proches, plus le service est correct. S'ils sont séparés de plus de 10 Ft, partez en courant - le meilleur exemple étant le taux de change de l'aéroport, toujours du vol (sans jeu de mot) !
NB: les pièces sont rarement acceptées, et toujours à une fraction du taux proposé.

Evitez de changer de l'argent près des gares et a fortiori dans la rue : c'est le meilleur moyen de se retrouver avec des faux billets, des roupies indonésiennes, ou de vous faire voler votre argent.

Mon bureau de change préféré - qui propose constamment des bons taux - s'appelle "Correct Change", avec plusieurs bureaux à Budapest.

3. DAB (ATM) - le bon, la brute et le truand

Le bon : retirer de l'argent à l'étranger vous évite de voyager avec des espèces, et met à votre disposition de la monnaie locale. De plus, vous évitez les faux billets et les mauvais taux de change, tant que ce DAB est connecté à une vraie banque (voir "te truand" ci-dessous).

La brute : disons que vous désiriez retirer 60€, ce qui revient à 20000 Ft en un seul billet, que vous aurez tout le mal du monde à écouler. Solution facile : retirer un autre multiple de 1000 Ft pour avoir des billets cassés, par exemple ici 19000 Ft.

Le truand : depuis quelques années, des DAB indépendants "Euronet" sont apparus un peu partout, proposant la monnaie locale ainsi que des Euros - ce qui semble parfait au premier abord. Cependant, ces machines prélèvent une commission élevée si vous retirez des Forints, et scandaleuse si vous retirez des Euros (à bon entendeur : si vous n'êtes pas dans la zone Euro, vous n'avez pas besoin d'Euros...). Si vous utilisez quand même un de ces DAB, comprenez le sigle comme "Déjouez l'Autorisation Baratin" ! Lisez les instructions avec attention parce que le texte est composé de façon assez perverse ;  on va vous demander sous une forme ou sous une autre : "Nous autorisez-vous à décider du taux de change (en vert) ou préférez-vous prendre le "risque" de laisser votre banque décider (en rouge) ?" La réponse est contre-intuitive : oui, vous VOULEZ prendre le "risque" et laisser votre banque appliquer un taux de change avantageux.

4. Payer par carte

Si vous décidez de payer par carte, sachez que les commissions sont généralement dictées par votre banque, généralement à taux correct. Cependant, ces derniers temps j'ai vu apparaître des terminaux de paiement dans des cafés ou restaurants qui posaient le même type de question que dans les DAB Euronet. La réponse reste la même : faites uniquement confiance à votre banque.

La plupart des cartes sont acceptées, et le paiement sans contact est possible quasi-partout (les Hongrois l'appellent "Paypass"), donc payer par carte est une bonne solution tout-terrain. Certains cafés ont même un terminal sur lequel vous pouvez choisir le montant du pourboire, réglé par défaut à 10% (le pourboire moyen pour les services en Hongrie) voire même à 0%.

Il convient toutefois d'avoir un minimum de Forint sur vous : certains endroits n'acceptent pas les cartes : dans les marchés, certains cafés, les toilettes publiques, et mêmes certains lieux modernes qui allez savoir pourquoi n'acceptent toujours que le cash en 2020.

Quelques conseils de plus pour vous simplifier la vie

Garder le taux de change en mémoire

Quel que soit votre moyen de paiement favori, connaitre le taux de change vous aide à calculer combien vous changez, retirez ou dépensez. En mai 2022, un Euro s'échange autour de 380 Forint - un taux historiquement bas, ce qui est à votre avantage. La vieille blague de la différence entre un Euro et un Forint (réponse : un Euro) continue à faire de vieux os. Mais ne vous laissez pas abattre par les maths : il y a 3 Euros dans 1000 Forint, ce n'est pas sorcier. Les prix affichés incluent la TVA, mais pas les 10% de pourboire pour les services (sauf s'ils sont déjà ajoutés sur la note).

Recomptez toujours votre retour de monnaie

La Hongrie est un pays sans insécurité, et le bon sens suffit à éviter les mauvaises surprises. Un des risques majeurs pour les touristes est de recevoir moins de retour de monnaie que prévu. Un truc connu est de vous rendre toute votre monnaie sauf le plus gros billet, comptant sur votre confiance et votre optimisme pour accepter cette somme et partir. Si vous repérez l'erreur, le billet manquant sort par magie de l'autre main de votre interlocuteur, avec l'apologie la plus sincère du monde pour l'oubli (sic). Mais ça, c'est si vous avez de la chance. Si la même scène se produit dans un bar branché, tout le monde ne parle plus que le hongrois... Donc, quelques règles de base :

Règle #1 : cassez vos gros billets le plus tôt possible, et dans un lieu "officiel" : un supermarché ou votre hôtel, par exemple ; ne vous attendez pas à régler un cappuccino avec un billet de 20000 Ft ; et les chauffeurs de taxi n'ont jamais de monnaie, vous le savez bien...
Règle #2 : gardez toujours de ces billets cassés sur vous, ça peut servir.
Règle #3 : réglez avec le billet immédiatement supérieur à la somme demandée. Si on ne vous rend pas toute la monnaie, vous n'aurez pas perdu beaucoup.
Règle #4 : comptez votre monnaie ostensiblement. C'est comme cela que vous vous rendrez compte si le gros billet est manquant.
Règle #5 : assurez-vous d'avoir reçu des Forints, et pas des roupies indonésiennes qui valent 45 fois moins (quelques chauffeurs de taxi rendent de cette monnaie 'par accident', ou vous rendent des billets de 200 Forints, qui n'ont plus cours depuis Homère.).

Que dois-je apporter pour mon voyage ?

Je vous conseille d'apporter une carte valide et quelques Euros, assez pour vous débrouiller à votre arrivée. Vous ne trouverez presque que des mauvais taux et des DAB frauduleux à l'aéroport et aux abords des gares, donc n'échangez que le strict minimum si vous avez besoin de Forint, jusqu'à l'arrivée en centre ville.

Débarrassez-vous de vos Forint avant de partir 

Les Forints sont rarement acceptés chez vous, parfois même pas à la Banque Nationale. Donnez votre monnaie à un nécessiteux, achetez des cadeaux à l'aéroport (le duty-free accepte Forints et Euros), ce qu'il faut pour terminer votre séjour avec le sourire.

Dernière astuce - valide également chez vous !

Avez-vous déjà terminé un séjour avec pleiiiin de pièces dans votre poche ? C'est parce que vous donnez toujours un billet, et on vous rend toujours des pièces...

L'astuce ici est de donner d'abord les pièces qui vont faire l'appoint, et ensuite seulement le gros billet (and surtout pas l'inverse, si vous voulez que le caissier attende). Généralement, avec l'appoint déjà calculé en main, le caissier n'aura pas d'autre choix que de vous donner un beau billet en retour, et limiter ainsi le poids et la musique dans votre poche.

Je vous en prie :)

Ivan Alleaume
- I comme Hippolyte
- V comme Wagner
- A comme Harry
- N comme Enzo
www.valamivan.com

Article publié le 27.02.2020, mis à jour le 13.05.2022 

04/05/2022

Ah, c'est Pierre Carré ! (histoire de pizzas)

L'autre jour, avec mon ami Pierre Carré, on a commandé des pizzas. Je sais, l'histoire s'annonce aussi passionante qu'inédite. Bref, on hésitait entre acheter une grande pizza de 60cm, ou 2 petites de 30cm. Après tout, ça reviendrait au même. Quelle erreur ! (spoiler: cette histoire nous ramène au mème).

Mais quelle est donc la différence de surface entre 1 pizza de 60cm et 2 pizzas de 30cm de diamètre ? Allez, me dit Pierre, utilise mon nom entier et révise tes maths de l'école primaire !
- Ton nom entier ? (je me gratte la tête)
"Ah, c'est Pierre Carré", d'où: A = π r² (pour ceux qui suivent encore):

A(60) = π R² = π*30*30 = 2826 cm²
2*A(30) = 2*(π r²) = 2*π*15*15 = 1413 cm²
En d'autres termes, une pizza de 60cm est deux fois plus grande que 2 pizzas de 30cm.
Ou: la surface d'une pizza de 60cm équivaut à celle de 4 pizzas de 30cm.

Source: Bibi (Powerpoint)

Mais alors, quelle devrait être la taille de deux petites pizzas pour égaler celle d'une grande ?

A(Grande) = 2*A(Petite)
π R² = 2*π r²
R² = 2 r²
R² / r² = 2
R/r = √2
Et voilà ! Le rayon de la grande pizza doit être égal au rayon de la petite pizza multiplié par racine de 2.

ALIMENTAIRE, MON CHER WATSON !

Ainsi, une pizza de 60cm vaut 2 pizzas de 42cm de diamètre.
Et 2 pizzas de 30cm valent une seule pizza de 42cm de diamètre.
Moitié moins... comme démontré plus haut - il faut suivre !

Quelle formule choisir, et pourquoi celle à deux pizzas ?

Commander une grande pizza, d'abord, c'est ralentir la livraison: l'arrière de la mobylette est plus large et donc dans les ruelles de ton quartier, elle est moins passe-partout, comme on dit à Fort Boyard.

Ensuite, sauf pizzeria cool, la grande pizza est réduite à une seule saveur. Avec deux pizzas, on peu choisir 2 saveurs différentes. Tout sauf Hawaii, bien sûr.

Avec deux pizzas, on peut créer des mèmes relous à poster sur Internet -voir ci-dessous.

Source: mon four

N'oublions pas les amateurs de croûte de pizza, pour qui l'option "2 pizzas" est source de vie et de réconfort. Considérons la différence de périmètre à surface égale, grâce à une formule donnée par Pierre Carré et par mon autre ami Pierre (autrement dit par "π r"):

Périmètre pizza 42cm = π R = 2*3.14*21 = 131 cm
Périmètre 2 pizzas de 30cm = 2 * π r = 2*2*3.14*15 = 188.4 cm
D'ailleurs, π R = π r√2 (démontré plus haut),
d'où (2 * π r) / (π r√2) = √2.
Soit √2 fois plus de croûte pour l'option 2 pizzas !
(hashtag miam)

Source: Rome

Allez, une dernière pour la route: la pizza est bien nommée pour en calculer le volume. Soit Pi = π, z = rayon, et a = hauteur, la formule du volume du cylindre (pré-requis: il faut avoir été en CM2) nous donne: V = Pi.z.z.a

Attention tout de même: si 'a' est trop grand, c'est la tour de pi.z.z.A !

Ivan Alleaume
- I comme Hippolyte
- V comme Wagner
- A comme Harry
- N comme Enzo
www.valamivan.com

20/03/2021

Magyar Auchan, magyarosan !


Pour les expatriés vivant en Hongrie, trouver des produits de son terroir n'a pas toujours été chose facile. Quasi-inexistants avant l'entrée de la Hongrie dans l'UE en 2004, ils sont d'abord apparus dans des boutiques spécialisées 'Delicatessen'. Quelques fromages et charcuteries, quelques conserves. Vendus à prix d'expatriés certes, mais c'était un début. Pour le bon pain, il a fallu attendre.

Les weekends consacrés à tel ou tel pays dans le Grand Marché Central de Budapest ont contribué à faire découvrir d'autres cuisines aux Hongrois, dont la gastronomie reste très traditionnelle. Désormais, la demande est plus forte et l'on trouve facilement des produits étrangers de base à des coûts abordables. Lidl et Aldi, présents dans le centre-ville, organisent régulièrement des semaines de produits français, mais aussi italiens, polonais etc.

Une petite histoire de parking et de marketing

Si en revanche vous cherchez des produits spécifiques, il vous faut aller plus loin et vous rendre chez Auchan. Avec 24 supermarchés en Hongrie, la chaîne française est bien implantée chez les Magyars. Au delà de tous les produits traditionnels, il y a des rayons de produits français et internationaux. Vous n'y trouverez pas tout - mais si ce n'est pas chez Auchan, vous aurez du mal à le trouver ailleurs...

"Magyar Auchan, magyarosan" (Auchan hongrois, à la hongroise)

La grande particularité de Auchan en Hongrie, c'est que la chaîne s'est adaptée au pays qui l'accueille, à commencer par le parking qui touche les Hongrois droit au coeur. Sur le parking, des dessins d'animaux sur des panneaux rappellent aux Hongrois les 'signes' de la maternelle. Car chaque enfant se voit attribué un signe (animal, objet, fleur...), qui est cousu sur tous ses vêtements et qui le suit dans ses premières années, jusqu'à ce qu'il sache lire. 

Se garer chez Auchan, c'est un passage dans Memory Lane

Vous l'avez deviné : ces panneaux servent à vous souvenir où vous êtes garés. L'idée est géniale - qui n'a jamais cherché sa voiture dans un parking de supermarché ? Remplacer une combinaison de chiffres et de lettres (voire rien) par une image d'animal est un jeu d'enfant - même votre pre-schooler sait où est garée la voiture, et s'e souviendra encore après le passage en caisse !

Dedans, c'est comme à la maison

C'est l'heure de chercher vos produits préférés, avec bien plus de choix qu'ailleurs. Outre les traditionnels Camembert et Brie, enfin du chèvre, du fromage à fondue et parfois même du Reblochon. Pour le Hongrois moyen, la viande se résume au porc et aux volailles : cherchez ici de bons morceaux de boeuf. L'étal de fruits de mer ne vaut pas celui d'un supermarché lambda en france, mais c'est un début. Il faut dire que les hongrois les détestent - peut-être parce qu'ils utilisent le même mot pour 'coquillage' et 'cuvette des WC'... 

Des prix à la hongroise

Les rayons surgelés et conserves recèlent de bonnes surprises, mais il vous faudra faire attention aux prix, surtout dans les rayons de produits internationaux dans lesquels on retrouve les prix expatriés. Petit rappel : en théorie 'expatrié' est un statut professionnel. En pratique, beaucoup considèrent que l'expatrié est Caucasien et vient de l'Ouest ; et que les immigrés, ce sont tous les autres (sic). Et en Hongrie, on pratique encore cette bonne guerre de prendre les expatriés pour des vaches à lait.

Il n'y a plus qu'à tout charger dans la voiture, si vous la retrouvez : car c'est une chose de savoir que vous êtes garés près du signe 'lapin', mais une autre de savoir OÙ est le lapin...^^

NB : cet article n'est pas sponsorisé, mais il pourrait l'être. Un jour, quelqu'un du marketing de Auchan m'a confié avoir du mal à trouver un slogan. Il m'a fallu 5 minutes pour pondre "Magyar Auchan, magyarosan". Mais ça ne lui a pas plu. Tant pis pour eux 😎

Ivan Alleaume

04/05/2020

Comment VOUS pouvez influencer le tourisme du futur

Le tourisme est un des secteurs économiques les plus touchés par la crise du Coronavirus. Dans le même temps, on observe un certain soulagement dans les zones habituellement victimes du surtourisme, et un espoir un peu naïf que le calme perdure.

Le miroir du tourisme a deux faces : l'Offre et la Demande. L'offre, ce sont les divers acteurs du tourisme : le transport, l'hébergement, la restauration, les agences et les guides, les attractions... Malgré toutes les belles promesses, à l'heure du déconfinement chacun défendra son bifteck après des mois de disette, et tous voudront un retour rapide à la 'normale'. Comment leur en vouloir ? Tout le monde n'a pas les ressources pour se reconvertir, ni parfois l'envie : le désarmement nucléaire est une superbe idée dans son principe, mais personne ne veut être le premier désarmé... #EnnioMorricone

Or si l'on ne change rien, il n'y aura pas de tourisme Bisounours : des paquebots surpeuplés sillonneront à nouveau les océans, et des gadgets inutiles hanteront les étagères des boutiques de souvenirs. De nouveau, les soirées EVG nous empêcheront de dormir, et les segways nous couperont la route sur le trottoir. N'attendons pas trop des autorités, pour lesquelles l'humanité passe après le profit. Les belles déclarations d'intention entendues pendant le confinement ne sont que vides promesses électorales.

Puisqu'il faudra bien que le tourisme reprenne, qui peut donc influencer son comportement futur, et comment ?

L'autre face du miroir est la demande : c'est vous. Ou nous tous, quand nous voyageons. Ou pas. Ou autrement. Un changement dans la demande a le pouvoir de faire évoluer l'offre, et même - soyons fous - forcer la main des autorités compétentes à faire évoluer le tourisme dans le bons sens. En ce moment même, on dessine des kilomètres de pistes cyclables dans le centre-ville de Budapest : une consécration pour la Masse Critique, un mouvement populaire qui les réclamait depuis des années. #VieuxMotardJaponais

Le moment est venu de se demander ce que nous voulons : continuer à faire partie du problème - que nous connaissons tous - ou nous pencher directement sur les solutions. En partant d'une feuille blanche, que souhaite-t-on retrouver à l'heure du déconfinement et de la réouverture des frontières ? Ca tombe bien, on a du temps pour imaginer - et construire - le tourisme de demain.

La demande détient la clé du surtourisme. A travers quelques exemples, je voudrais faire un tour d'horizon des angles de changement qui s'offrent aux voyageurs.

En tout premier lieu, nous devons im-pé-ra-ti-ve-ment nous débarrasser de la pression sociale visant à DEVOIR ALLER PARTOUT. C'est une ligne de pensée destructrice, à l'origine des foules inutiles et d'un sentiment de manque - car combien peuvent vraiment aller partout ? De tous ceux qui voyagent beaucoup, combien en profitent vraiment ? Et pourtant, le Ich war hier et le j'ai fait ont la dent dure. Apprenez à vous contenter de ce que vous avez déjà, et n'encouragez pas les influenceurs, qui vivent du déséquilibre qu'ils créent entre vos désirs et vos possibilités.

En parlant de possibilités, faisons un petit calcul : soient 7 miliards de personnes qui veulent visiter le parc du château de Versailles (1000 ha soit 10000 m2). Même avec un remplissage pseudo-humain de 2 personnes par m2 et en laissant une heure à chacun, il faudrait 350000 heures (nuit et jour) pour faire passer tout le monde, soit 40 ans ! Et d'ici là une ou deux nouvelles générations seront nées...

Voyez-vous, voyager n'est pas une obligation, et ce n'est pas agréable pour tous. Mais beaucoup d'entre nous sommes encore capables de passer outre la fatigue, les prix prohibitifs, la foule et autres inconvéniences du voyage pour une raison très particulière : y être allé(e). Et de rares photos sans personne dessus, avec beaucoup de patience et encore un peu de chance.

Ironiquement, Internet regorge de photos et de vidéos exceptionnelles réalisées par des professionnels, vides de touristes et avec des angles et des lumières inaccessibles au grand public. Et avec le tourisme virtuel, vous pouvez désormais visiter le monde à moindre frais depuis le confort de votre fauteuil.

Oui, mais rien ne vaut notre propre photo ni notre propre expérience - aussi inconfortable soit-elle ! Serons-nous capables un jour de vaincre notre ego ? L'offre du tourisme doit se remettre en question, certes. Mais la demande aussi.

D'aucuns diront que le guide touristique se tire une balle dans le pied, à encourager les touristes à rester chez eux. Mais vivre du tourisme ne signifie pas adhérer à tout ce qu'il représente. Je suis autant (sinon plus) victime du surtourisme que vous. Aux premières lignes, je suis très bien placé pour voir les problèmes et imaginer des solutions.

Commençons par élaircir le tourisme superflu.

Par exemple, au lieu d'encombrer une foule dans le seul but de prendre un selfie sans même adresser un regard direct au lieu, pourquoi ne pas acheter un panneau vert et une licence Photoshop ? C'est moins cher et laisse tout le monde respirer...

Plus sérieusement, combien de fois ai-je entendu un ami de retour d'un voyage d'affaire se plaindre qu'il n'a eu le temps de rien voir de sa destination ? A l'heure de Zoom et des vidéoconférences, ces voyages inutiles n'ont plus lieu d'être. Les grandes entreprises trouveront bien d'autres options pour leur réductions d'impôts !

Les amateurs de city-breaks partagent sûrement le sentiment des voyageurs d'affaire. Comment apprécier une destination sur un weekend quand un tiers du temps est passé en transit ? Cela vaut-il la peine d'aller dans une ville étrangère juste pour y avoir pris l'apéro ?

A l'autre bout du spectre, d'autres voyageurs préfèrent comme moi la qualité à la quantité.

Plutôt que de faire (ce qui n'a aucun sens) le plus de destinations possibles et de rentrer chez eux épuisés et confus, ils vont organiser des séjours plus longs et vivre leur destination : prendre le temps de rencontrer les locaux, de se promener sans but et hors des sentiers battus, et même prévoir du temps à ne rien faire. Ce sont des vacances, après tout. Le paroxisme de cette idée est la mini-retraite, dont l'idée continue de faire son chemin.

Comme eux, choisissez de voyager hors saison. Si vous n'avez pas de contraintes de dates (vacances scolaires), ou si vos vacances ne sont pas liées à la météo (ski, plage), voyagez quand les autres ne voyagent pas. Si ce n'est pas possible, voyagez les autres ne voyagent pas : une montagne ou une plage ou une ville plus loin. Vous éviterez la foule, économiserez sûrement de l'argent, et vous serez mieux reçus !

Les vols low-cost sont directement liés aux problèmes de pollution et de surtourisme. Optez pour le train ou l'autocar pour les trajets courts : le temps de voyage total est le même. Certes, ce voyage sera rarement rapide, confortable et ponctuel à la fois. Mais vous éviterez le stress des aéroports et regagnerez au passage le sentiment de distance perdu depuis que l'on vole partout. Et gageons que si la demande augmente, la qualité de l'offre suivra. L'homogénéité des réseaux en Europe n'est pas pour demain, mais elle est possible.

Si vous préférez les circuits, sachez qu'au delà de 15-20 personnes dans un groupe, les inconvénients s'accumulent : les enregistrements à l'hôtel sont interminables, la visite n'est plus personnalisée, les repas et les temps de pause (toilettes, boutiques) deviennent des contre-la-montre. Le coût additionnel pour voyager en groupe restreint n'est pas un luxe : il vous apporte un gain intrinsèque de temps et de qualité des services rendus.

Le P2P a révolutionné l'hébergement, et permet de louer à moindre frais des appartements privatifs. Mais l'abandon d'un de ses principes formateurs (le propriétaire est censé louer une partie des lieux qu'il  habite) est la source de bien des maux. A Malte, c'est un crève-cœur de voir les maisons historiques vides et en ruines alors même que des immeubles affreux sont construits à la chaîne pour accueillir les touristes de plus en plus nombreux. Le sauvetage du patrimoine est aussi dans nos cordes, si nous faisons les bons choix.

Une fois rendus à votre destination, d'autres choix étiques se présentent à vous. Ne soyez pas le néofite, portable à la main, qui lance son segway à 20km/h au milieu des piétons ! Les beer-bikes ont disparu des centre-ville pour une excellente raison : ils dérangent les locaux, qui ne sont pas en vacances, eux. Ne m'appellez pas trouble-fête : la derniere fois que j'ai vérifié, on pouvait encore hurler en boite de nuit ! #therhythmofthenight
Enfin, quelque chose me dit que la mauvaise habitude de toucher les statues devrait se perdre tout naturellement après le Covid-19. Une aubaine hygiènique pour la préservation des oeuvres d'art.

Il faut en finir avec les souvenirs qui finissent dans un carton ou à la poubelle - ceci est aussi valable pour les cadeaux, pas plus nécessaires que les cartes postales : tout cela est très mignon, mais ça pollue. Si vous devez vraiment ramener un souvenir, qu'il soit simple et visible, comme un aimant de frigo. Mais le niveau deux est de choisir quelque chose d'utile, dont vous avez besoin en ce moment : une nouvelle agrapheuse, un presse-citron, une paire de chaussettes, quelque chose que vous auriez acheté chez vous tôt ou tard. En revanche, acheter des babioles encourage une industrie inutile et néfaste. Acheter à un vendeur de rue, c'est contribuer à une image négative des zones touristiques et prendre le risque de se faire arnaquer (un iPhone à 100€, vraiment ?). Comme les autorités laissent faire pour des raisons qui leur sont propres, c'est encore à vous que revient l'influence directe sur l'offre et pouvez, sur le long terme, mettre fin à ces pratiques.

Le surtourisme engendre l'apparition de visites low-cost et de guides amateurs, qui constituent une concurrence déloyale aux agences de voyage et aux guides touristiques qualifiés et officiels. Guider n'est pas un passe-temps, c'est un travail et une responsabilité. Par exemple, j'adore utiliser l'humour pendant mes tours, ça égaye les visites et aide à faire passer l'information. Mais J'ai réussi à leur faire croire que n'est pas dans mon vocabulaire.

D'ailleurs, quelle est ma position dans tout cela ?

Toutes les billes ne sont pas dans les mains de la demande, et l'offre peut parfois la devancer. Qui sait, les architectes planchent peut-être déjà sur des sas sanitaires à l'entrée des maisons du futur, avec douche, zone de quarantaine pour la nourriture, et une fente pour boite à pizza incorporée à la porte d'entrée...

Ma contribution dans tout cela est de récompenser les voyageurs qui répondent le mieux aux idées que je viens d'énumérer. Si cela devenait la norme, j'aurai réussi à influencer et la demande, et l'offre ! #cestbeauderever

Puisque le tourisme durable est aussi ma responsabilité, j'offre une réduction de 20% sur le tarif de mes services si vous apportez la preuve que :
✦ Vous restez en Hongrie pour 5 nuits ou plus,
✦ OU vous arrivez en Hongrie par train ou par autocar,
✦ OU vous réservez pour une visite hors-season (1er novembre au 31 mars).
NB : l'offre n'est pas cumulative.

A bientôt je l'espère en Hongrie, dans les meilleures conditions possibles.

Ivan Alleaume
www.valamivan.com

La Hongrie, 10+6 ans en Europe

Cet article est un repost de l'article originalement publié en 2014 dans mon précédent blog. Hors quelques corrections de syntaxe, il a été n'a pas mis à jour pour inclure l'évolution de la Hongrie etre 2014 et 2020.

En 2014, la Hongrie célébrait 10 ans de présence au sein de l'Union Européenne, laquelle a énormément investi en pays Magyar : la différence entre fonds reçus et versés par la Hongrie sur l'ensemble des 10 années est de 5600 milliards de Forints (18,3 milliards d'Euros). Où est passé cet argent, et surtout, que s'est-il passé de réellement visible en Hongrie depuis le 1er mai 2004, date de l'accession ?

La Hongrie est un pays magnifique, il suffit d'y être venu une fois pour en certifier. Mais l'expérience n'est pas la même si vous êtes venu pendant la période communiste, ou dans les années 1990, 2000 ou 2010. Ceux qui ont fait le trajet plusieurs fois vous le diront: le paysage change, la vie sociale évolue, les infrastructures se bâtissent - lentement certes, mais sûrement. Depuis le changement de régime, quiconque est venu en Hongrie tous les 5 ans a vu un pays différent à chaque fois, une tendance qui devrait durer encore 15 ou 20 ans, quand la Hongrie aura rattrappé ses voisins européens dans une multitude de domaines encore en cours de développement.

Lire les journaux français me désole parfois: la Hongrie y est trop souvent résumée à la seule émergence du parti d'extrême droite Jobbik (comme si la France était résumée par la simple montée du Front National qui n'est pas plus au pouvoir en France que le Jobbik ne l'est en Hongrie, faut-il le souligner...). Il ne faut pas se voiler les yeux, le Jobbik existe, mais ne représente pas la Hongrie : un pays paisible et sûr, avec un folklore et des valeurs sociales et familiales encore présentes, ainsi qu'une volonté de se moderniser et de rivaliser sainement avec les autres pays européens - un objectif difficilement atteignable pour un pays dont le PIB représente environ 1% du PIB de l'Union Européenne.

Venons-en donc aux faits : quels changements visibles a-t-on pu observer en Hongrie depuis le 1er mai 2004 ?

INFRASTRUCTURES & TRANSPORTS

Il s'agit des changements les plus visibles. La Hongrie disposait déjà de quelques infrastructures d'importance - des gares internationales, des terminaux d'aéroport, les quais le long du Danube et de la Tisza, les réservoirs d'eau sous le mont Gellért...

Au cours des 10 dernières années, la Hongrie a continué à construire. Pas toujours utile, mais souvent grand : les centres commerciaux ont continué à pousser comme des champignons, et la ligne de métro 4 de Budapest surdimensionnée remplace des solutions qui se suffisaient déjà auparavant. Reste que le métro 4, comme le viaduc Völgy híd (au bord du lac Balaton) ou le pont Megyeri (qui couronne la nouvelle rocade autour de la capitale hongroise), fait du bien au moral des Hongrois. Une fois les coûts exhorbitants oubliés (après tout, c'est l'UE qui finance...), comment ne pas être fier de ces structures imposantes ?

D'autres travaux d'envergure ont été entrepris pendant cette période, comme le réseau de tramway de Debrecen, la rénovation de la ligne 2 (rouge) du métro de Budapest, qui ressemblait fort à... la ligne 3 (bleue), qui en aurait bien besoin. Budapest s'est aussi dotée d'un parc de tramways à plancher bas avec des rames de 56m, les plus longues du monde. Des routes ont été rénovées et des autoroutes construites (1300km aujourd'hui, dont environ la moitié entre 2004 et 2014). L'aéroport international, renommé d'après Franz Liszt en 2011, et dont le terminal 1 a dû être fermé suite à la faillite de la compagnie aérienne nationale Malév, s'est agrandi avec la connection des terminaux 2A et 2B, le dotant ainsi d'un espace commercial digne d'un aéroport européen.

Sur le Danube, le parc de circulation fluviale, déjà fort de bateaux de croisière nationaux et internationaux, de bateaux-mouche et autres bateaux restaurants et touristiques, s'est agrandi avec la mise en circulation de bateaux de lignes régulières entre les différents points de la capitale. Moins ponctuels que le reste du réseau de transport en commun (les trams et les métros ont énormément gagné en ponctualité ces dernières années) ces quelques bateaux suffisent à redonner au fleuve sa grandeur d'antan, et rappeler que la capitale a longtemps vécu au rythme du Danube.

La majorité des bains thermaux de Budapest ont été restaurés, avec des changements notables et visibles : l'augmentation des tarifs d'une part, qui justifie cependant des casiers avec fermeture magnétique et des décors rénovés. Par ailleurs, contrairement à ce qui se lit encore dans quelques manuels, tous les bains thermaux de Budapest sont désormais mixtes tous les jours - et ce depuis le 1er janvier 2013.

CHANGEMENTS "IDÉOLOGIQUES" (vains et inutiles)

Vous savez peut-être qu'après la chute du rideau de fer, les principales statues à caractère communiste avaient été placées dans un parc au sud de Buda, et que de nombreuses rues et places avaient été renommées - on leur avait généralement rendu leur nom original d'avant l'occupation soviétique.

Et bien, rebelote récente: les quelques traces de communisme encore visibles ont maintenant disparu, en allant chercher parfois le bouchon un peu loin : le nom de 'Moszkva tér" (place de Moscou) fut jugé innaproprié, la place de la 'république' devint celle du Pape Jean-Paul II ; on attribua même une place à Elvis Presley (devenu citoyen d'honneur de Budapest pour l'occasion) pour son support à la Hongrie lors de la révolution de 1956. Sous couvert de rénovation et de modernisation, on achève cette année la reconstitution de la place Kossuth telle qu'elle avait été avant la période communiste. Exit tout ce qui avait été placé là depuis la seconde guerre mondiale, et reconstruction de la place sur la base de photos d'époque.

Rassurez-vous, il reste en réalité quelques vestiges visibles du communisme, mais je ne les nommerai pas ici, on risquerait de nous les enlever... ;)

QUALITÉ DES SERVICES

C'est un aspect de la vie quotidienne moins visible et forcément subjectif, mais digne d'être remarqué car toujours en cours d'évolution: de toutes les qualités humaines que l'on pourrait attribuer aux Hongrois (et elles sont nombreuses) la qualité du service dans les boutiques et les restaurants n'en fait pas partie. Ou du moins pas naturellement. Et pourtant, il existe de nos jours de nombreux lieux publics vers lesquels les clients ont réellement envie d'aller, et pas simplement besoin comme auparavant.

Dans le passé, vous plaindre du service et claquer la porte n'aurait servi à rien d'autre que de perdre votre propre temps : en face, c'était tout aussi mauvais. Aujourd'hui, la qualité du service est telle dans certains endroits qu'il n'y a plus aucun intérêt à rester dans un lieu où vous dérangez la pause facebook d'employés qui vous considèrent dans leurs meilleurs jours comme un porte-monnaie ambulant. Continuez à chercher, et vous trouverez des endroits extraordinaires et rencontrerez des gens formidables!

BUDAPEST BY NIGHT

La vie de nuit a changé du tout au tout depuis l'avènement des 'kert' (jardin) et des 'romkocsma' (café-ruine). Les premiers sont installés dans des espaces ouverts et rappellent les beergardens, les seconds occupent de vieux bâtiments désaffectés. Tous ont en commun un décor éclectique et une ambiance bien particulière. Qui se souvient encore du tout premier Szimpla kert, déjà dans la rue Kazinczy mais bien caché au fond d'un parking ? Depuis lors, ces lieux se sont multipliés sur l'ensemble du pays, avec un épicentre au coeur de l'ancien ghetto juif de Budapest, devenu un véritable quartier latin.

La capitale a aussi allumé les lumières. Suite à la restauration des ponts historiques Szabadság et Margit, tous les ponts du centre ville sont maintenant illuminés le soir. Ne manquez pas les premières secondes d'illumination, quand les ampoules encore froides produisent une lumière verte digne d'un roman de Jules Verne. Les monuments situés au bord du Danube ne sont pas en reste : le parlement - le monument le plus imposant du pays - autrefois éclairé à la lampe de poche, est maintenant illuminé de mille feux. En face, les lumières jaunes de l'ancien palais royal et de la citadelle contrastent avec celle de l'église Mátyás, éclairée tous les soirs depuis sa rénovation d'une 'lumière blanche' (très proche de la lumière du jour).

MISE AU VERT

Le 1er mai 2004, Budapest faisait illusion en déroulant un tapis de gazon artificiel sur le pont de la liberté - le pont vert justement, rendu piétonnier pour la journée. Mais la ville des eaux, célèbre pour ses bains thermaux, avait besoin d'une grande toilette.

En 2014, de nombreux changements visibles sont à noter en termes de qualité de la vie, à défaut de les qualifier d'écologiques. Mais la Hongrie (et surtout la capitale Budapest, seule grande ville du pays) a sérieusement mis le pied à l'étrier.

Le Danube, autrefois très pollué, est aujourd'hui considéré comme (relativement) propre, même au niveau de Budapest : 95% des eaux usées sont traitées biologiquement, et une traversée du Danube à la nage avait même été organisée en 2013 en plein coeur de Budapest, avant d'être annulée pour des raisons d'organisation. Dommage, cela aurait été une première dans la capitale depuis les années 1920.

Le périphérique de Budapest a littéralement apporté de l'oxygène à la capitale. Il a permis de dérouter les nombreux camions qui passaient par le centre ville et les quais du Danube, alors que les autoroutes du pays étaient centralisées autour de Budapest. Une ville bien heureuse aujourd'hui de s'être débarrassée de la triple pollution atmosphérique, visuelle et sonore.

La gastronomie hongroise traditionnelle est très centrée sur la viande et la charcuterie. L'influence de la montée du tourisme et l'augmentation de la population étrangère résidant en Hongrie ont forcé les restaurants à proposer plus de choix végétariens et équilibrés. Si la majorité des restaurants ne proposent au mieux qu'une salade grecque, une césar et quelques pickles en-lieu de légumes frais, on observe une augmentation du nombre de bars à salade et à soupe et de restaurants végétariens.

Les villes de Hongrie ont globalement fait de la place pour les piétons, avec des quartiers et des rues semi ou entièrement piétonnes. Le centre de Pécs, capitale européenne de la culture en 2010, en est un bel exemple. A Budapest, on notera le quartier reliant les places Kálvin et Ferenciek, ainsi que les rues Lövőház, Tompa, Hollan Ernő qui concurrencent la rue Ráday, rue des restaurants devenue trop touristique pour être authentique.

Enfin, la démocratie aura le dernier mot en matière de pistes cyclables: après de longues campagnes, de journées sans voiture et de 'Critical Mass' (événements organisés en vélo à Budapest et en province), c'est bien la population hongroise qui a insisté pour disposer de centaines de kilomètres de pistes cyclables construites au cours des dernières années. Après le Balatoni 'körút' (périphrique) aménagé autour du lac Balaton en 2002, la Hongrie a aménagé des pistes cyclables autour de ses autres grands lacs, et aussi un peu partout dans les villes et campagnes de Hongrie. Budapest s'est même dotée de son propre réseau de Vélib, les "Bubi". Et on prévoit une piste cyclable du 'rideau de fer' le long de la frontière avec l'Autriche.

Comme quoi, les changements sont vraiment visibles de ce côté-ci de la frontière. Depuis 1989 certes, mais aussi depuis 2004.

Ivan Alleaume
www.valamivan.com

28/04/2020

Nouvel aval grammatical : exprimer 'avec' en hongrois

L'objectif du jour est l'expression de 'AVEC' en hongrois, à la fois simple et truffée de petits secrets que nous allons dévoiler par étapes. Cette vulgarisation grammaticale comporte par définition des simplifications nécessaires à la compréhension globale du thème abordé. Restez avec moi jusqu'au bout...

1. l'alphabet hongrois

Il est composé de 40 lettres, auxquelles s'ajoutent 4 lettres empruntées aux mots internationaux (Q, W, X, Y). Cela parait beaucoup, mais considérez que si - comme en hongrois - le français recensait chaque lettre diacritique (accent, cédille..) comme une lettre différente, l'alphabet français en compterait 42. Sans compter les diphtongues...

1a. les consonnes

Parmi les consonnes hongroises, plusieurs sont doubles, et il en existe même une triple : Cs, Dz, Dzs, Gy, Ly, Ny, Sz, Ty et Zs sont ainsi insécables. Enfin, comme on va le voir tout à l'heure, presque insécables... Notez aussi qu'en hongrois, la lettre Y est une consonne.

1b. les voyelles

Elles ont la particularité d'être rangées en deux catégories, que j'appelerai ici des familles : famille 1 = A Á O Ó U Ú ; famille 2 = E É I Í Ö Ő Ü Ű.

1c. allongement des sons

L'alphabet hongrois est phonétique : une lettre, un son. De plus, certaines lettres sont prononcées plus longuement que les autres. Comment les reconnaitre ?

Pour les consonnes : une consonne donne un son court, la même consonne dupliquée donne le même son allongé (várni = attendre, várrni = coudre).

Cas des consonnes doubles (souvenez-vous du "presque") : seule la première lettre d'une consonne double est dupliquée (le mot esszenszia contient un ssz long et un sz court).

Pour les voyelles : une voyelle sans accent ou avec un tréma est courte. Une voyelle avec un ou deux accents est prononcée longue. Ainsi, Í est un I long, Ó un O long, Ő un Ö long, Ú un U long et Ű un Ü long.

Cas de A-Á et E-É : malgré les apparences, le son A n'a pas d'équivalent long, ni le son Á d'équivalent court. De même E et É sont orphelins de correspondances.

2. les suffixes

La langue hongroise utilise de nombreux suffixes (équivalents par exemple à nos propositions), construits autour de voyelles. Seulement traditionnellement, les mots hongrois sont composés exclusivement de voyelles appartenant à la famille 1 (par exemple betű, lettre) ou 2 (par exemple mondat, phrase)... Dans ce cas, quelle famille de voyelles choisir pour les suffixes sans déséquilibrer les mots qu'ils complètent ?

Cet illogisme est résolu en créant deux familles de suffixes. Le suffixe avec la voyelle de la famille 1 complète le mot contenant des voyelles de la famille 1, et la même chose se produit pour la famille 2 : barátságunk-ra = à notre amitié, egészséged-re = à ta santé ; nyár-on = en été, tél-en = en hiver.

Parfois, il existe 3 familles de suffixes (hez hoz höz), parfois une seule (ig). Dans ce dernier cas, l'harmonie vocalique est forcément rompue pour les mots de la famille 1 (holnap-ig = jusqu'à demain).

3. l'expression de 'avec'

'Avec' en hongrois est un suffixe comme un autre, traduit par -val ou -vel selon la famille de voyelles contenues dans le mot qu'il accompagne : László-val = avec László, Peti-vel = avec Peti.

3a. cas des mots se terminant en A ou E

Le A se transforme en Á avant le -val, et le E se transforme en É avant le -vel: Katá-val = avec Kata, Emesé-vel = avec Emese. Bonne nouvelle, cette règle est appplicable pour tous les suffixes : Duná-ban = dans le Danube, csészé-ben = dans une tasse.

3b. cas des mots se terminant par une consonne

Le V de -val / -vel est remplacé par la consonne en question, dupliquée pour l'occasion : tej-jel és cukor-ral = avec du café et (avec) du sucre ; az-zal = avec cela, ez-zel = avec ceci (on entend parfois avval, evvel...).

Si le mot se termine par une consonne déjà dupliquée, on en rajoute une troisième : Anett-tel = avec Anett. Dans un tel cas, l'utilisation d'un tiret est tolérée, même si cet usage a ses détracteurs. NB : jusqu'à présent dans cet article le tiret n'avait été utilisé que pour une meilleure visibilité.

3c. cas des mots se terminant par une consonne double ou triple

La transformation est la même que dans le cas précédent, à la différence près que seule la première lettre de la consonne double est dupliquée : tavasszal = au printemps, ősszel = en automne.

3d. cas des mots contenant les deux familles de voyelles

Nombre d'exceptions à l'harmonie vocalique sont des mots étrangers ou assimilés: taxi, randevú, et des mots composés : Buda-pest, nyelv-tan (grammaire)... Ce sont les cas les plus difficiles, car la voyelle du suffixe se rapportera parfois à l'une, parfois à l'autre famille : taxi-val = en taxi, Budapest-tel = avec Budapest.

D'autres exceptions peuvent entrer dans cette catégorie : híd-dal = avec un pont, díj-jal = avec un prix.

Deux bonnes nouvelles : 1. la logique suffit généralement à déterminer la famille prédominante d'une grande majorité de ces mots : souvent par exemple, la seconde moitié d'un mot composé. 2. une fois la famille prédominante trouvée pour un mot donné, elle reste la même pour l'ensemble des suffixes.

3e. cas des mots aux terminaisons non phonétiques

Là encore, il s'agit souvent de mots empruntés aux langues étrangères. Comparons les prénoms Róbert (en hongrois) et Robert (en français). Dans le premier cas, le T final est prononcé : Róbert-tel = avec Róbert. Dans le second, il ne l'est pas : Robert-rel = avec Robert. Ici aussi, l'usage du tiret oriente le lecteur.

4. quelques variations d'usage

Cela ne vous aura pas échappé : les saisons en hongrois se disent nyáron (en été), télen (en hiver), mais tavasszal (au printemps), ősszel (en automne). Rencontrer quelqu'un se dit : találkozni valakivel (litt. avec quelqu'un). Szóval (litt. avec un mot) signifie en un mot, en bref. Et je continuerais bien la liste avec grand plaisir (nagy örömmel).

Ivan Alleaume
www.valamivan.com
Première publication en 2014

18/02/2020

Nouvelle récompense🔸New award !

🔸[English below]🔸

Je suis fier de vous annoncer que j'ai été nominé (ou mieux, élu) "Meilleur guide touristique de Hongrie" pour la 5ème année consécutive !

C'est un plaisir de voir ma passion et mes efforts récompensés. Il me tarde d'être de nouveau votre guide en Hongrie, et votre accompagnateur ailleurs en Europe !

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I am proud to announce to have been nominated (or better, elected) "Best tourist guide of Hungary" for the 5th consecutive year !

It's a pleasure to see my passion and efforts rewarded. I can't wait to be your Guide again in Hungary, and your Tour Leader elsewhere in Europe !

Ivan Alleaume
www.valamivan.com